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Publié dimanche 11 mai 2014 07:59 4936 Lectures

Entretien avec Cheba Yamina : « Je confectionne moi-même mes mlahfa »

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Artiste-phare du genre chaoui, Cheba Yamina a su faire sortir cette musique algérienne de son carcan traditionnel, lui imprimant un air de modernité. Dans cet entretien, elle se livre sur sa passion pour la musique et sur une foultitude d’autres sujets.

Pour commencer cet entretien, quelques mots sur vous, Mme Yamina ?

Avant tout, Cheba Yamina est une personne avant d’être une artiste (rires)….et je dirais que Cheba Yamina est une chanteuse réputée par son interprétation du chant et patrimoine de l’Est de l’Algérie.

Vous avez été formée au conservatoire, vous avez rejoint ensuite la chorale polyphonique de la station régionale de la RTA, vous avez animé des galas, participé à Alhane Oua Chabab mais, en 1980, vous avez tout abandonné pour le théâtre où vous avez connu vos heures de gloire. Pourquoi avoir renoncé au 4e art ?

J’ai quitté le théâtre à cause de l’accumulation de mes rendez-vous car j’avais une succession de tournées artistiques et donc je ne pouvais pas m’absenter et laisser tomber mes engagements. En même temps, je ne pouvais pas me présenter à chaque fois aux différentes représentations théâtrales. C’était une période un peu délicate pour moi, donc je ne pouvais pas être à la fois au théâtre et à la chanson. J’ai préféré, au départ, me retirer momentanément  du théâtre pour ne pas bloquer mes collègues comédiens car cela a dérangé quelques comédiens qui se sont révoltés de ma situation et mes absences. C’est vrai, j’ai aimé le théâtre  mais j’ai fait un choix et je me suis consacrée à la chanson. Pour cela,  je me suis attelée au folklore et au patrimoine musical de l’Est algérien.

Revenons au théâtre, si vous le permettez. N’étant pas de formation scénique, comment avez-vous réussi à devenir comédienne et à être distribuée dans plusieurs pièces théâtrales ?


Oui, j’avais un amour infini pour la comédie, j’ai évolué dans cet univers d’ailleurs. J’ai réussi à camper plusieurs rôles et j’ai fait en sorte que tous mes rôles plaisent au public, la preuve (rires) …. Le public m’a connue comme « Khoukha », un personnage que j’ai joué à mes débuts. A vrai dire, c’était une belle expérience puisque cela a connu à l’époque un véritable succès.  D’ailleurs, après ce personnage -qui n’était en vérité pas assez important (un deuxième rôle)- les gens m’appelaient souvent  «Khoukha» au lieu de Yamina (rires). Dans ma courte carrière sur les planches, j’ai campé plusieurs rôles en collaborant avec l’équipe de la station théâtrale de Constantine et tout cela m’a aidée à me perfectionner et à devenir une comédienne. Je suis vraiment fière d’avoir travaillé avec des comédiens talentueux, au contact desquels j’ai beaucoup appris.

Pouvez-vous nous citer quelques pièces dans lesquelles vous avez été distribuée et quelques noms de comédiens ou de metteurs en scène avec lesquels vous avez collaboré ?


J’ai joué dans la pièce «Hada idjib Hada», «Nass El-Houma», «Rih Samsar» et «Ghassan Fi Nwadar», des pièces théâtrales écrites et mises en scène par l’équipe de la station théâtrale de Constantine. Comme j’ai participé à la pièce « Sawt El-Amira El-Sal3a». J’ai par ailleurs joué aux côtés de plusieurs comédiens connus à l’exemple de Djamal Dakar, Allaoua Zermani, Hbati Abdel-Malek, Mohsen Amar, Hassen Ben-Zerari, Fatima Halilou,... Comme j’ai été distribuée aussi dans des pièces théâtrales de réalisateurs comme Djamal Dakar et Amar Mohcen. Ma dernière apparition sur la scène théâtrale était dans la pièce « El-Darawich » du réalisateur Salah Boudrioua.

N’avez-vous jamais été tentée par le cinéma ?


Si, j’ai fait du cinéma. J’ai joué dans le film «Cri de la pierre » de Abderrahmane Bouguermouh et j’ai participé l’année dernière au film « Ben Kahlane », une coproduction algéro- française qui va être diffusée prochainement. Le tournage du film a eu lieu à Paris et en Algérie.

En 1990, vous avez effectué votre retour à la chanson. Vous avez enregistré trois chansons dans le style libanais. Pourquoi un tel choix ?

Oui, c’est vrai, au début j’étais attirée par le style libanais car comme vous le savez, tout le monde à l’époque écoutait les chansons orientales, plus particulièrement libanaises. J’étais fan de la chanson libanaise, j’ai appris pas mal de chansons (rires). C’est bien de me faire rappeler cette époque, l’époque faste, celle de grandes chanteuses comme Faïrouz, Samira Baroudi,… Ces chanteuses avaient un talent incroyable, je les respecte et les aime beaucoup. 

Sur scène, vous apparaissez toujours belle, avec de jolies mlahfa, tenue traditionnelle de la femme chaouia. Il paraît que c’est vous-même qui les dessinez et confectionnez. D’où vous vient ce don ?


Vous savez, dans la vie, un artiste doit tout faire pour réussir dans sa carrière artistique et comme j’aime beaucoup le patrimoine algérien, j’ai ressenti le besoin et la nécessité de confectionner mes tenues traditionnelles et plus particulièrement la Mlahfa pour représenter le folklore de mon pays. Je tenais à monter sur scène avec cette jolie tenue traditionnelle, bien que cette tenue soit aujourd’hui très chère. Je l’ai quelque peu modifiée, je l’ai modernisée, j’y ai apporté ma petite touche personnelle. J’ajouterais que j’ai été la première à avoir introduit cette tenue traditionnelle en chantant sur scène. Et je tiens à dire aussi que la confection des tenues est mon autre passion.

Vous êtes maman de quatre enfants. Comment avez-vous pu concilier votre carrière et votre vie familiale ?

Comme toute maman, je veille toujours à l’éducation de  mes enfants, une bonne éducation. D’ailleurs, ils sont maintenant grands et bien sûr je participe aussi à l’éducation de mes petits-enfants (rires).    

Votre fille Meriem semble douée pour la chanson ? Est-ce que vous l’encouragez dans cette voie ?

(Rires) C’est vrai, Meriem a aimé la chanson, mais cette période est passée. Maintenant elle a tout laissé. Elle vit aux Etats-Unis.

Nous avons appris par le biais de la presse que votre fils était gravement malade. Est-ce qu’il va mieux ?

Oui il était malade, maintenant il va bien grâce à Dieu.

Pour finir cet entretien : des projets ?

Actuellement, j’anime les fêtes de mariages et bien sûr, prochainement, j’aurais des tournées artistiques à l’étranger après celles effectuées en France l’hiver dernier. J’ai sorti un nouvel album en duo avec Cheb Didine, il est sur le marché depuis 5 mois et s’intitule «Rayha l3ars t3aras», un opus de 8 chansons consacré aux fêtes de mariage chaoui et moderne.

Entretien réalisé par Kamir B.