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Publié mardi 19 juillet 2016 08:27 3449 Lectures

Musique algérienne : une riche diversité

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Sur le plan musical, l’Algérie est connue pour son éclectisme sonore. 

 

De l’arabo-andalou au chaâbi, en passant par le kabyle, le raï, le bédoui et on en oublie encore, les styles sont multiples et représentent un melting pot des différentes traditions musicales algériennes.

Musique arabo-andalouse
Héritière de la musique arabe, la musique classique algérienne dite andalouse est elle-même la synthèse des vieilles civilisations orientales.
Le patrimoine musical andalou est porté en Algérie par trois grandes écoles basées à Alger (sanaâ), Constantine (malouf) et Tlemcen (gharnati).
La forme algéroise tient ses origines des réfugiés andalous et morisques, en majorités cordouans, installés à Alger. La sanaâ est également pratiquée à Blida, Béjaïa, Cherchell mais aussi Mostaganem. Parmi ses chefs de file Sid Ahmed Serri, Mohamed Khaznadji…
Pour ce qui est du malouf constantinois, il a d’abord été influencé par l'école de Séville puis par la musique ottomane. Il est porté par des maîtres tels que Cheikh Darsouni, El Hadj Mohamed Tahar Fergani ou Abdelkrim Bastandji. Enfin, le gharnati puise ses racines dans la ville espagnole de Grenade. Après la chute de cette dernière en 1492, des milliers de familles andalouses se réfugient à Tlemcen. Les plus grands maîtres du genre sont Larbi et Redouane Bensari, El Hadj El Ghaffour, Abdelkrim Dali…
La musique arabo-andalouse fonctionne selon une échelle musicale de 24 noubas. Cete dernière fut empruntée aux Grecs essentiellement et les modes gardent encore leur appellation persane : Seh-gah (Sika), Tchahar-Gah (Djarka)... les rythmes quant à eux ont conservé leur origine arabe : Raml, darj...
Le système des 24 noubas, allie règles théoriques et symboliques métaphysiques. Malheureusement, seules seize (dont quatre inachevées) ont été préservées jusqu'à aujourd'hui en Algérie, faisant de notre pays celui où subsiste le plus grand nombre de noubas. Il s’agit en l’occurrence des : Nouba Dhil, Nouba Ghrib, Nouba Hsine, Nouba Maya, Nouba Mezmoum, Nouba M'jenba, Nouba Rasd, Nouba Rasd Dhil, Nouba Reml, Nouba Reml Maya, Nouba Sika, Nouba Zidane.

La tradition rapporte que chaque nouba devait se jouer à une heure de la journée : Sika en début d'après-midi, Raml au coucher, Raml-al-Maya en début de soirée, Aaraq, Zidane et Hsin avant minuit, Mjenba à minuit, Dhîl, Rasd et Mezmoum après minuit, Rasd-ed-Dhîl,Maya et Rehaoui juste avant l'aube.

Le chaâbi, une musique d’essence populaire
Né dans les arcanes du vieil Alger au début du XXe siècle, on dit que le chaâbi a pour ancêtre le medh, un style pratiqué dans les fumeries algéroises par une pléiade d’artistes tels que Cheikh Nador, Mahmoud Zaouche, Mustapha Driouèche, Kouider Bensmaïn, Saïd Laouar et d’autres encore, avec une instrumentation sommaire basée sur le son des percussions et des instruments à vent. Mais peu à peu, d’autres sonorités vont être introduites par certains artistes comme les instruments à cordes. Le répertoire connaîtra, lui aussi, une diversité, à travers des textes puisés dans le répertoire melhoun. Sortant des fumeries, les artistes se produiront dans les cafés arabes de la capitale, notamment durant le mois sacré du ramadhan. Au lendemain du décès de Cheikh Nador, c’est son élève, M’Hamed El Anka qui reprend le flambeau. Ce dernier n’hésite pas à donner une nouvelle impulsion au medh, introduisant la mandole et en devient très vite l’un des interprètes phares. Ce genre musical sera également porté par d’autres voix comme Hadj M’Rizek, Omar Mekraza, Boudjemaâ El Ankis, El Hachemi Guerouabi…


Le gnawi, aux racines africaines
Aujourd’hui, plusieurs artistes algériens dont Gaâda Diwan Béchar, Djamel Laroussi ou Gnawa Diffusion ont acquis une renommée mondiale grâce à cette musique qui plaît tant par sa rythmique que par les thèmes véhiculés, des thèmes qui sont autant de messages de paix et de retour à la véritable foi.


Descendants d'Africains de l'Ouest, les Gnawis ont été déportés au XVIe siècle comme esclaves via le fleuve Niger jusqu'au Maroc. Une fois arrivés là-bas, ils sont nombreux à se convertir à l'islam. Pour les Gnawis, la musique et la religion sont liées, d’ailleurs, ils ont beaucoup de rituels qui utilisent la musique et la danse pour provoquer un état de transe qui, selon eux, permet aux dieux ancestraux de pénétrer leur corps et leur moi profond. Ils ont, pour ce faire, recours à des instruments traditionnels comme le gumbri (instrument à corde), les tbolas (grands tambours à son grave) et les cymbales produisent des sons d’une nature ensorcelante et méditative.


Le bédoui et le raï, lien originel

Née dans l’Oranie au XIXe siècle, la musique bédoui est considérée comme l’ancêtre du raï. Se basant sur une instrumentation musicale composée du tambour galal et, en général, de deux flûtes gasba, le bédoui d’abord rural, a fait son entrée dans les villes de l’ouest algérien au début du XXe siècle, se modernisant peu à peu et renouvelant ses thématiques qui devenaient plus engagées pour dénoncer le colonialisme.


Le bédoui qui est basé sur une poésie en langue populaire ou melhûn, finira par se moderniser et se fondre dans le raï. Le raï traditionnel est d’abord porté par quelques grands noms comme Cheikh Khaldi, Cheikh Hamada ou les cheikhat comme Cheikha Rimitti. Le style évoluera au fil du temps, effectuant une véritable mue tant dans le fond que dans la forme. Chantant l’amour, l’alcool, le mal vivre, le raï ne sera pas toujours une musique à écouter en famille, tant les paroles sont crues. Cependant, le style sera célébré par toute une jeunesse ici, mais aussi au-delà de nos frontières. Hasni, Mami, Khaled, Sahraoui et Fadela, comptent parmi les quelques icônes de cette musique de l’ouest.

Aux racines du Djurdjura
Outre l’achewiq, musique traditionnelle chantée par les femmes et rendu célèbre par des divas comme la regrettée Nna Cherifa, la musique kabyle connaîtra plusieurs étapes. Durant les années 1950, c’est surtout en exil qu’elle se développe, grâce à des artistes comme Farid Ali, Akli Yahiatène, Salah Sadaoui, Allaoua Zerrouki, Slimane Azem ou encore Cheikh El Hasnaoui, pour ne citer que ces quelques noms. Puis, dans les années 1960, et au lendemain de l’indépendance, elle connaît un tournant charnière, notamment au niveau de la thématique. Nouara, Cherif Kheddam et d’autres encore, apporteront leur propre touche à cette musique, toujours ancrée dans la tradition berbère.


Durant les années 1970, elle commence à se moderniser, notamment avec des artistes comme Idir, Djamel Allam, les Abranis…etc
Les années 80 seront celles du combat identitaire. Matoub Lounes ou Aït Menguellat en seront les porte-flambeau.
Aujourd’hui, d’autres artistes comme Mohamed Allaoua, Ali Amran, Cheikh Sidi Bémol, Si Moh ou Oulahlou ont apporté leur propre signature à cette musique qui se retrouve libérée de tous les carcans.


Nouvelle scène algérienne
Ces dernières années, la scène algérienne s’est enrichie de plusieurs nouveaux noms. Artistes ou groupes musicaux, ils ont apporté un air de jouvence à une musique qui avait besoin de renouveau. Freeklane, Caméléon, Nacim Djezma, Nacim El Bey, El Dey, Amel Zen, Raja Meziane, Good Noise, et on oublie encore ont, définitivement, réconcilié le public algérien avec sa musique et ses artistes.


Kamir B.