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Publié jeudi 20 janvier 2011 10:12 8576 Lectures

Le goitre endémique

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La thyroïde est une glande endocrine (qui secrète des hormones dans le sang) située en avant de la trachée. Quand le volume du corps thyroïdien augmente de façon diffuse, on parle de goitre.

Le goitre est une affection fréquente, il concernerait un milliard d’individus dans le monde. Il y en a de toutes sortes, du tumoral à l’inflammatoire en passant par le goitre vasculaire…mais ces familles de goitre ne se manifestent pas sous forme d’épidémies. Il s’agit de cas isolés, dits sporadiques. Pourtant, une forme de goitre, une seule, est endémique. Cette forme concerne les deux sexes avant l’âge de la puberté, mais dans la population adulte, elle prédomine chez la femme.

Faire la différence  entre Goitre et Hypothyroïdie
Le goitre devient endémique quand sa fréquence dépasse 10 à 12% de la population générale. Pour que la thyroïde secrète ses hormones, elle a besoin d’iode, présent notamment dans les poissons, ainsi que dans le sel supplémenté en iode.  C’est cet iode qui fait défaut dans les zones d’endémie goitreuse. Donc, la forme de goitre qui sévit sous forme endémique est celle liée à la carence d’apport alimentaire d’iode (sel de table).
Goitre ne veut pas dire automatiquement hypothyroïdie. L’hypothyroïdie est l’expression clinique du déficit en hormones thyroïdiennes, or une hypertrophie de la glande peut être compatible avec une production normale d’hormones, c’est ce que l’on nomme le goitre simple.
Ce dernier est réversible s’il est traité précocement, sinon il pourra se compliquer: infections, hémorragies intra thyroïdiennes, compression de la trachée ou de l’œsophage si son volume est très important, mais aussi le passage à l’hypothyroïdie. Il n’existe pas d’hyperthyroïdie causée par le déficit en iode lui-même, cette éventualité ne sera donc pas abordée ici.

Avant de comprendre les répercussions du déficit en hormones thyroïdiennes, il faut d’abord comprendre :

A quoi servent les hormones thyroïdiennes ?
Intéressons nous aux hormones T3 et T4 qui, chez l’adulte, s’occupent d’accélérer le métabolisme de base de l’organisme. Elles augmentent la production d’énergie (et donc de chaleur) en augmentant la consommation d’oxygène, des sucres et des graisses, elles accélèrent les battements du cœur, elles accélèrent le transit intestinal.
Ces hormones T3 et T4 ont même un effet sur l’humeur qui est accélérée de façon à ce qu’un hyperthyroïdien est plus facilement irritable, excité, et qu’un hypothyroïdien est plus ralenti, déprimé voire dépressif. Cela dit, la population la plus fragile face à l’hypothyroïdie est celle des nouveaux nés et des jeunes enfants.
Les hormones T3 et T4 jouent un rôle capital dans la maturation du système nerveux central, dans la croissance et dans la maturation des os. Une insuffisance en hormones thyroïdiennes, et par extrapolation, le déficit en iode, peut avoir des conséquences désastreuses.

Comment se forme le goitre et quelles sont les conséquences de l’hypothyroïdie ?

Le goitre endémique est un mécanisme d’adaptation à la carence iodée. Lorsque l’organisme manque d’iode, la T3 et la T4 diminuent dans le sang. La thyroïde se met alors à mieux utiliser le peu d’iode qui reste en le recyclant et gonfle sous l’impulsion de la thyréostimuline (TSH), une hormone qui stimule la thyroïde. Tant que cette meilleure utilisation de l’iode permet de maintenir des taux normaux de T3 et de T4 (bien que la TSH reste élevée pour maintenir le mécanisme d’adaptation), le goitre restera simple. Quand ce mécanisme est dépassé, on rentre dans l’hypothyroïdie.

Les symptômes chez l’adulte
sont alors la prise de poids, frilosité, constipation, chute de cheveux, ralentissement de la fréquence cardiaque, œdème blanchâtre de la peau.

Chez les tous petits
, il y a le risque majeur d’un retard mental qui peut toucher une partie de la population carencée en iode, c’est le crétinisme endémique. Vues les autres fonctions des hormones thyroïdiennes sur le nouveau né, l’hypothyroïdie est aussi responsable d’un retard du développement physique. Ses incidences sur la femme enceinte mérite un chapitre à part.

Les zones concernées en Algérie
Une zone d’endémie goitreuse s’étend de Cherchell à Jijel, avec une fréquence plus élevée dans les villages isolés en altitude. Dans l’intérieur du pays, Titteri, Médéa, et Sétif sont concernées. On trouve enfin de petites poches à Tlemcen, Nedroma, et Kala.

Traitement, prévention, et spécificité algérienne

Les substituts en hormones thyroïdiennes traitent le goitre et l’hypothyroïdie, le traitement doit être très précoce quand il s’agit du nouveau né, cette situation méritant aussi un chapitre à part. En donnant des hormones de substitution, la thyroïde peut même reprendre son volume normal. Cependant, la prévention est la pierre angulaire de la lutte contre le crétinisme et le goitre endémiques.
Il existe en Algérie depuis 1990 un programme d’ampleur nationale qui repose sur le sel iodé. Ces programmes ont prouvé leur efficacité dans le monde en réduisant l’incidence du goitre, en normalisant les fonctions thyroïdiennes et en éradiquant le crétinisme endémique.

Le  Dr Brakni, endocrinologue à l’hôpital de Ain Naadja, insiste sur le fait qu'« il faut se méfier des étiquettes, tous les sels ne sont pas correctement iodés », ce qui explique en partie qu’il demeure toujours des incidences élevées de goitre dans certaines des régions du pays.

Il faut veiller à conserver le sel iodé à l’abri de l’air et de l’humidité,  refermer hermétiquement la salière pour ne pas perdre l’iode qu’elle contient, si elle en contient.
Enfin, un dépistage à la naissance de l’hypothyroïdie n’existe pas en Algérie, pourtant le moyen le plus efficace pour éradiquer cette affection.