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Publié jeudi 11 février 2016 11:56 2531 Lectures

Santé-femmes : pourquoi tomber malade reste tabou

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Les Etats et les organisations internationales dépensent des sommes astronomiques pour informer les populations et notamment les femmes sur les risques qu’elles encourent du fait de certaines maladies telles que le cancer du sein ou encore le SIDA.

Pourtant, malgré tous les efforts menés par les autorités sanitaires, les médias… pour vulgariser et en quelque sorte banaliser ces maladies, nombreuses sont les femmes qui préfèrent cacher leur état.

1-Le poids des préjugés
L’Algérie fait de gros efforts pour s’engager économiquement sur la voie de la modernité. Mais force est de constater que les mentalités d’une partie de la population ne suivent pas ; de nombreux Algériens restent viscéralement ancrés dans leurs traditions, leur morale, leurs idées reçues, leurs préjugés. Et comme bien souvent ce sont les femmes qui en font les frais.
Nous sommes tous d’accord pour dire que personne ne souhaite tomber malade, c’est un événement qui est hors de notre contrôle, sinon personne ne tomberait malade.
Alors pourquoi continue-t-on à reprocher à certaines femmes leur maladie ? Pourquoi sont-elles obliger de la cacher, et parfois même de renoncer à un traitement ?

2-Témoignages
Rekkia, 34 ans, atteinte d’un cancer du sein en phase terminale : « Ma belle- mère m’a toujours détesté. Le jour où j’ai su que j’étais malade, trop tard déjà, j’étais enceinte de 8 mois. Me voyant malade, affaiblie, ma belle- mère dit à ma fille nouvellement née « bientôt maman va mourir et tu auras une nouvelle maman ». Pleurer ne sert à rien aujourd’hui. Je savais que j’étais malade mais je ne voulais pas le dire à ma belle- famille, je ne voulais pas lui donner de nouvelles raisons de se moquer de moi. Mais j’aurais dû me soigner, sauver ma vie, celle de mes enfants. Aujourd’hui je sais que je vais bientôt mourir et que c’est une autre femme qui les élèvera ; comment ? ».
Mais le cancer du sein n’est pas la seule « maladie honteuse ». Le SIDA l’est plus encore, car c’est une MST, une maladie sexuellement transmissible, « une maladie de drogués et de prostituées ».


Wahiba, 42 ans, séropositive : « Je n’ai jamais eu de rapports sexuels avec un autre qu’avec mon mari. C’est donc bien lui qui m’a transmis la maladie. Il est mort et j’ai du me battre contre ma propre famille pour accéder à un traitement. Ils ne voulaient pas que les gens sachent que j’étais malade moi aussi. Et puis il y a le regard du pharmacien quand je vais chercher mes médicaments, celui des cousines quand elles viennent coucher à la maison. Ma mère leur dit que je sui diabétique, une autre maladie honteuse mais moins que le SIDA tout de même.
Parce qu’il n’y a pas que le cancer ou le SIDA qui soient des maladies honteuses…

3-Pas besoin d’avoir le SIDA…
En effet chez nous, pas besoin d’en arriver là pour être rejeté. Le diabète, l’asthme, tout retard psycho- moteur, même le plus léger soit- il…Dès que l’on n’est pas conforme à la normalité telle qu’elle est communément admise, c’est comme si l’on était un monstre, une bête curieuse qu’il faudrait cacher à tout prix.


Ainsi en est- il pour Haldjia, qui est une jolie jeune femme de 23 ans ; son seul « problème », « défaut », appelez cela comme bon vous semblera, c’est que depuis un accident qui lui est arrivé quand elle était encore enfant, elle n’a plus de gros orteil au pied droit. Tous les prétendants venus demander sa main sont repartis en constatant cette « anomalie », qui n’est pourtant absolument pas handicapante, ni pour elle ni pour d’éventuels enfants à venir.
Pour un bout de pied qui est la plupart du temps planqué dans une chaussure, cette fille belle comme le jour reste seule, sans mari, sans enfants…


Et même les femmes qui sont les premières à se plaindre de la dureté de la société envers elles, sont aussi les premières à perpétuer ces préjugés, cette méchanceté ordinaire.
Quelle mère admettrait que son fils épouse une fille malade à moins qu’il ne soit lui- même pas en très bonne santé ?
A méditer donc…

 Sonya